Maroc, d’Imilchil à Agouti

Jour 6 – d’Imilchil à Taidert

Je commence par suivre la piste qui s’enfonce vers les gorges de l’assif melloul en quittant la petite ville d’Imilchil. Les peupliers le long de la rivière se couvrent de leurs couleurs d’automne.

Vallée de l’assif Melloul

Peu après Ouddedi, je quitte la piste pour suivre un bon chemin muletier. A son pied, un gamin du village est venu faire le plein d’eau avec sa mule. La trave me permet d’arriver à un col à 2500m. Le contraste est saisissant entre d’un côté les abords verdoyants irrigués de l’assif Melloul et ce qui m’attend de l’autre côté. Tout est lunaire.

Aridité aridité

Le chemin permet de rejoindre 200 m plus bas le lit asséché d’une rivière. Je croise dans la descente un cavalier sur sa mule. Sur les bords du vallon, de nombreuses bergeries inoccupées (si ce n’est par un ou deux chiens).

J’arrive finalement à un croisement de vallées. Des gorges descendent vers Oulghazi au bord de l’assif Melloul. Je fais une pause au croisement quand deux jeunes me rejoignent depuis une bergerie (occupée, une fois n’est pas coutume). Ils me proposent de m’accompagner sur un bout de chemin.

Au croisement des vallées

Nous remontons ensemble une vallée vers le Sud-Ouest. D’abord assez large, elle se réduit de plus en plus. Mes compagnons me quittent pour rejoindre une berger un peu plus haut. Je continue seul au travers des moutons et des chèvres éparpillés. Le chemin aboutit à un plateau occupé par 5 â 6 maisons, chacune équipée de son panneau solaire. Je m’éloigne du plateau pour aborder les contreforts du tizin’Tidad.

Le chemin toujours très bon permet de monter à 2720m. Mon point de mire est l’antenne de télécommunications. Perdu dans mes pensées, je m’égare cependan un instant. Un berger s’empresse de me remettre rapidement sur le droit chemin.

La fin du col est assez étrange. Une piste est en travaux, j’atterris donc au milieu de quelques engins de chantier. Sur un côté, un ouvrier est installé dans une tente de fortune, sa mule n’est pas loin.

Vu de l’autre côté du Tizi n’Tidad

Je descends ensuite vers le petit hameau de Taidert en suivant la piste. Je m’arrête aux premières maisons présentant des signes de vie. La maîtresse de maison est à la porte lorsque j’arrive. Je lui demande de l’eau et me retrouve avec une invitation pour le thé. Je la suis à l’intérieur. Le contraste de luminosité est important, je mets un moment à m’habituer.

Après une petite pièce servant d’entrée et où est entreposé le stock d’eau, une pièce centrale dépourvue de toute ouverture vers l’extérieur sert de garde à manger. Une petite ampoule au plafond assure la lumière. Un congélo ou un frigo est posé sur une palette. Sur la gauche, la salle de réception ; au fond, la pièce de vie. Elle est isolée par une couverture tendue en complément d’une porte. Je me déchausse et entre.

Assis au sol sur des tapis recouvrant le sol de terre battue, la petite Fatima et sa mère, le maître de maison et un chat. Aïcha me précède. Elle et la mère de Fatima possèdent toutes deux, des tatouages traditionnels berbères sur le menton.

La pièce ne fait pas plus de 8 à 10m². Un réchaud au gaz sert pour la cuisine dans un coin, un poêle est là pour réchauffer la pièce. Sur une étagère fixée au mur, la télé est allumée sur une émission en français sur la Nouvelle-Zélande. Sur la petite table de bois, une tajine avec le repas du soir. Une seule petite ouverture vers l’extérieur au plafond.

L’invitation pour le thé se transforme en invitation pour le repas. J’essaye d’enregistrer de nouveaux mots avec l’aide d’Aïcha. A la fin du repas, je leur demande du mieux que je peux si ils pensent que je peux dormir chez eux. Je comprends (ou crois comprendre) qu’ils n’imaginaient pas autre chose. Ils m’installent dans la salle de réception.

Elle n’a rien à voir avec celle du père de Mohamed et Ali qui m’avait accueilli à Aït Ouchen. Ici uniquement des tapis et des coussins au sol. Un poêle au centre vient rappeler que l’on est à 2650m. Un trait de peinture bleue à 1m20 du sol vient souligner l’aspect particulier du lieu.

Jour 7 – de Taidert à Tagertoutch

Je prends congé de mes hôtes vers 9h pour continuer ma descente vers le village. Je suis rapidement interpellé et on me propose un thé, à l’issue duquel on me demande de l’argent. Rare exception à l’hospitalité bienveillante et généreuse que le peuple Tamazight m’offre sans arrière pensée (et à chaque fois, je propose un petit quelque chose pour l’accueil).

Descente vers Taidert

Le chemin en quittant Taidert me mène de vallon en vallon jusqu’à rejoindre une piste menant au village de Zerchane. Alors que je remonte le petit village, un homme semble m’attendre au coin d’une maison. Lorsque je le croise, nous commençons par les salutations d’usage puis il me propose de venir manger. Je refuse en lui expliquant avoir déjà mangé, il insiste jusqu’à me saisir le bras pour me tirer de force chez lui. Il n’aura pas gain de cause et repartira visiblement aigri. Et pourtant il avait un T-shirt Lego Star Wars…

En quittant Taidert

La piste descend ensuite en lacets jusque dans les gorges de l’aqqa n’Taouet. Des travaux de renforcement de la route sont en cours. Des campement improvisés dans les grottes voisines accueillent les ouvriers. En face de moi, la piste remonte de l’autre côté pour rejoindre Taguertoutch.

Gorges de l’aqqa n’Taouet

Lorsque j’arrive au village, un pick-up s’apprête à partir vers Zaouia Ahansal de l’autre côté du plateau du Koucer. Je ne sais pas trop si ma route doit suivre la piste ou s’il existe un autre chemin. Machinalement je me dirige vers la kasbah en ruines, posée au centre d’une cuvette. Sur son pourtour le petit village de Taguertoutch. Je contourne l’édifice et monte jusqu’à la dernière maison.

Taguertoutch

Sous un arbre, Ali attend. Deux de ses fils ne sont pas loin. Mon objectif initial de la journée était de rejoindre un lac (asséché mais avec un puit), une petite dizaine de km plus loin. Je veux faire le plein d’eau avant, mais un plein d’eau ne se fait pas sans partager un bon thé dans la salle de réception.

Comme toujours, j’explique tant bien que mal mon parcours sur ma tablette puis je leur montre les vues satellites du village. Avant de partir, j’ai non seulement téléchargé les cartes topographiques des zones traversées mais aussi les images satellites. Les cartes topo issues d’openstreetmap sont loin d’être complètes que ce soit en termes de chemins ou de peuplements. Ces vues sont donc un bon complément.

Toute la famille réunie autour de la petite table en bois, nous jouons à repérer les lieux, les villages, à savoir qui habite ici ou là.

Ali finit par appeler un cousin qui parle bien mieux le français que moi l’arabe ou le tamazight. Je suis invité à rester.

Jour 8 – de Taguertoutch à Zaouiat Ahansal

J’ai passé la nuit dans la salle de réception. Ali a tenu à ce que ces deux fils dorment aussi ici, ou bien est-ce là qu’ils dorment d’habitude, je ne sais pas trop. Nous prenons le déjeuner ensemble et je m’élance sur la piste. Des morceaux de chemins doivent me servir de raccourcis par la suite.

Réveil à Taguertoutch

Le vent souffle ce matin sur le plateau du Koucer. Je ne trouve pas trop les raccourcis annoncés et me retrouve à suivre la piste. Un pick-up/transport collectif me propose de me descendre à Zaouia Ahansal. J’accepte la proposition. Je m’installe dans la benne et y retrouve le plus jeune fils d’Ali, qui se marre bien de me retrouver. Après avoir déposé des passagers ici ou là, je me retrouve finalement le dernier, assis auprès du conducteur.

Plateau du Koucer

La piste rejoint une route qui descend à flanc de montagne jusqu’à Zaouia Ahansal. Des chutes de pierres ont fortement abîmé le revêtement par endroit. Zaouia Ahansal permet de rejoindre les gorges de Taghia. Quelques touristes en camion. Je prends mes quartiers dans le gîte d’étape de Farid à l’entrée du village.

Jour 9 – de Zaouia Ahansal aux abords du Tizi Yllaz

Je quitte Zaouia Ahansal en suivant le lit de l’aqqa n’Ilissi. La montée est agréable. Derrière moi, de premières neiges ont fait leur apparition sur les hauteurs. Un filet d’eau coule à mes côtés. Lorsque le chemin quitte la rivière pour s’élever plus fortement vers le col, je me trompe et dois faire un peu de hors-sentier pour rejoindre une bergerie et le chemin. Un chevreau isolé bêle à l’entrée comme pour monter la garde.

Premières neiges sur le plateau du Koucer

Une dernière rampe et j’atteinds le col où mon chemin croise la route à 2600m d’altitude. Des antennes de télécommunications trônent ici. Le ciel s’est couvert, le vent me refroidit bien. Je m’habrite derrière un pan de mur d’une cabane pour manger un bout puis je longe la route jusqu’à trouver un chemin sur ma gauche devant me permettre de rejoindre une autre vallée par un petit col.

Descente du Tizi n’Ilissi

Je suis saisi par le panorama sur l’autre versant. Cinq vallées majestueuses viennent converger ici. Les lits des torrents viennent dessiner des arabesques en leurs fonds. Lorsque je descends, je croise deux femmes en train de ramasser des broussailles qu’elles pré-consumment avant d’en faire des fagots.

De l’autre côté du col

Je prends ensuite la direction du Tizi Yllaz à 2905m qui doit me permettre de rejoindre la vallée de l’Ait Bouguemez.

Le temps restant maussade, je juge plus prudent de chercher un lieu de bivouac. Entre les pierres et les buissons ras, je trouve un endroit à peu près plat. Il est 17h. Alors que je grignotte à l’entrée de ma tente et que quelques gouttes commencent à tomber, deux gamins débarquent je ne sais d’où. Je partage avec eux quelques cacahuètes et raisins secs. Ils continuent à m’observer, visiblement interloqués. Leur père remonte la vallée.

Il faut peu de temps pour qu’il m’invite à venir chez lui. Je plie rapidement mon paquetage et les suis dans la nuit tombante, avec en toile de fond sonore quelques aboiements de chiens. Je suis d’abord conduit vers la salle de réception puis dans la pièce de vie.

Le poêle est au centre de la pièce. Coincé entre le mur et un métier à tisser, la femme de mon hôte s’affaire sur un tapis. Une des 3 filles file la laine au fuseau. Dans un coin, un feu de bois sert pour la cuisine. En face du métier à tisser, la télé allumée est posée sur une étagère. Des messages et des comptes sont inscrits au dos de la porte d’entrée. Un des garçons, avec fierté, me fait voir son livre et son cahier de français.

Nous partageons le thé et mon mélange de fruits secs puis je prends congé pour une bonne nuit.

Jours 10 et 11 – du Tizi Yllaz à Agouti

 Derrière moi

Ma journée commence par un montée à 2900 m puis une descente agréable en passant par le lac d’Tzourar me permet de rejoindre la verdoyante vallée d’Aït Bouguemez jusqu’à Agouti.

Vallée de l’Ait Bouguemez

3 comments

  1. c’est magnifique ton voyage 😉
    ça me donnerai envie de partir et voir tout ce qui se passe ailleurs…

  2. Salut Romain, super passionnant ton récit, toutes les sensations recherchés y sont, découverte de paysages, rencontres inattendues et son lot de surprises. Un régal 😋. Bon courage pour la suite M. Aventure

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