Maroc, de Midelt à Imilchil

Une première semaine riche de rencontres avec des paysages magnifiques et quelques enseignements importants.

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Mercredi 10 octobre 2018 – jour 1

Midelt -> cirque de Jaafar _ 30 km environs _ 8h de marche

Départ tardif de Midelt vers 10h30. Des orages la veille m’ont invité à ne partir que ce mercredi.

Route goudronnée jusqu’au km 5 environ puis piste en bon état en ce mois d’octobre. Peu de circulation. Première pause aux alentours du km 10. Le soleil tape et je ne sens pas la bise fraîche qui me souffle dans le dos du nord-est. Je regrette le choix du pantalon. Demain je bascule sur le short.

Je croise beaucoup de lits de rivières asséchées. Deux buggys me dépassent sans un signe. Sur le bord de la piste, de premiers campements nomades et des troupeaux en liberté. Je croise quelques 4×4 ou Renault d’un autre âge.

Km 18. Seconde pause. Je profite d’un filet d’eau pour refaire le plein. Sur un promontoire écarté de la piste, un fort dort. Il y a d’avantage de points d’eau maintenant. Je continue de monter pour atteindre 2100m. Toute la journée aura été une longue montée. Je sors de la piste principale pour descendre vers les gorges de Jaafar.

Un orage gronde sur la chaîne au sud-est. Je m’en éloigne. Les couleurs en cette fin d’après-midi sont superbes. Au loin les formes d’un canyon sont accentuées et découpées par la lumière rasante. La piste se transforme en chemin de pierre et descend en quelques lacets vers le lit de la rivière Jaafar.

Au pied des deux parois formant les gorges, une ruine ; au pied de la ruine un lit de rivière asséché. Je pensais établir mon campement ici. Il me reste encore un peu d’eau pour continuer. Je m’enfonce dans les gorges qui petit à petit se resserrent. Quelques traces au sol de véhicules motorisés.

Les gorges aboutissent aux croisements de deux vallées formant le cirque de Jaafar. Là aussi une ruine garde l’entrée des gorges. Le vent a tourné. Il vient maintenant de l’ouest. Il est léger, mais il m’apporte le doux son de l’eau qui coule un peu en amont. J’installe mon campement ici et vais refaire le plein d’eau.

Jeudi 11 octobre 2018 – jour 2

Cirque de Jaafar -> Ait Ouchen _ 18 km environs _ 6h de marche

Un peu de pluie dans la nuit mais rien de méchant. Je prends mon petit- déjeuner alors que des bergers et leur troupeau remontent la vallée en ma direction. Quelques mots échangés et je repars avec du pain en remontant le ruisseau qui m’a apporté de l’eau la veille.

Je suis sensé bifurquer pour rejoindre une piste secondaire mais je tente de suivre un lit asséché de rivière allant en direction de la piste principale. Choix payant malgré un petit peu d’escalade au pied de la route. Piste à flanc de montagne ensuite.

Après avoir croisé un convoi équestre, je m’arrête pour faire le plein d’eau. Je suis invité à prendre le thé par une berbère habitant à côté. J’accepte l’invitation. Les deux buggys de la veille repassent à nouveau dans le même sens que moi en roulant comme des dératés. Toujours aucun signe de leur part. Ils freinent à peine alors que la plus jeune de mes 3 hôtes leur fait des signes sur le bord de la route.

Elles m’installent sous la tente constituée de vielles bâches accrochées les unes aux autres et m’offrent thé, œufs durs et pain. La communication est difficile, mon niveau de tamazight ou d’arabe est bien pauvre. Lorsque la maitresse de maison pose une pièce sur la petite table ronde, je prends ça comme une invitation à laisser un petit quelque chose. Ce qui ne me choque pas outre mesure, je sors ce que j’avais prévu de ma poche.

Incompréhension de ma part et peut être maladresse dans la manière, elle cherchait juste à savoir d’où venait la pièce et ce qu’elle valait. Un touriste en 4×4 lui avait remise. Il s’agissait d’une pièce de 20 pennies anglais… Autant dire des miettes immangeables.

Je rejoins la route goudronnée qui me mène au village d’Aït Ouchen. Je vise les minarets des deux mosquées du village longeant les canaux irriguant les vergers. Tout le monde semble être de sortie au ramassage des pommes. Rapidement une petite cohorte de gamins m’escortent en me demandant des bonbons, des cartables des crayons… Les adultes les chassent mais ils reviennent. Les arbres sont couverts de pommes qui me semblent gigantesques.

J’arrive dans une rue prés de la première mosquée. Rapidement je me retrouve avec une pomme en main d’un côté et une invitation à prendre le thé de l’autre. Ali me propose finalement d’étendre son invitation en m’hébergeant chez son père.

Je suis accueilli dans la salle de réception. Elle fait presque 15m de long sur 4m de large. Les murs ont été recouverts au pochoirs d’étoiles roses. A leurs pieds, de larges bancs recouverts de couvertures et de coussins. Quatre tables sur roulettes viennent meubler l’espace central. Pas de chauffage, mais trois ampoules ont été accrochées au poutres de bois.

Après plusieurs verres de thé, on m’apporte une tajine et du pain. Pas de couverts, je fais de mon mieux pour ne pas être ridicule, sous le regard d’Ali et de son fils.

Visite du verger ensuite. Là aussi les pommiers sont recouverts de pommes étrangement grosses. Je demande à Ali si ils utilisent des produits chimiques : « beaucoup ». Ali termine de préparer avec des bâches un grand bac devant contenir la collecte du lendemain. Il sera rempli avec l’aide de 8 gamins.

C’est Mohamed, le frère d’Ali qui maintenant me prend sous son aile. Nous sommes partis pour un tour du village. En me conduisant à sa maison en construction, il m’explique être un chef du village. Il est un relais du Caïd (représentant de l’État dans ce que l’on pourrait appeler un canton). Sa maison est construite à l’écart du village entre son verger et la route goudronnée. La route évite le village. Pour des questions de sécurité a priori. La maison de Mohamed offre un point de vue saisissant sur la vallée et la chaîne Ayachi. Lui aussi aura sa salle de réception.

Nous redescendons sur le village. Une villageoise l’interpelle pour me mettre à contribution pour lui dire combien vaudraient de l’argent français. Elle a en sa possession quelques pesetas espagnoles et un billet Mauritanien qui, s’il avait pu s’échanger aurait valu 50 centimes.

Retour à la maison du père. Mohamed me donne quelques leçons d’Arabe. Le thé coule à flot. Des membres de la famille viennent et repartent. Le viel oncle fait son apparition dans sa djellaba blanche. Il s’allonge sur un banc en se calant avec les coussins. Une des femmes de la famille vient le recouvrir d’une couverture. Il aurait 120 ans.

Finalement le couscous est servi vers 21h. Les hommes sont installés. Chacun à notre tour nous rinçons nos mains puis partageons le plat commun de couscous et de poulet. Les aînés ont leurs assiettes individuelles. Aucune femme ne m’aura été présentée.

Finalement tous s’en vont rejoindre leurs pénates vers 22h. J’installe mon matelas et mon duvet dans la salle de réception pour la nuit.

Vendredi 12 octobre 2018 – jour 3

Ait Ouchen –> Tagoudit _ 15 km environs _ 4h30 de marche puis escorte policière

Petit déjeuner vers 8h. Mohamed m’accompagne pour débuter la journée. Le ciel est bleu et la vallée laisse échapper une brume blanche.

Nous nous rapprochons de la montagne à travers les vergers. Mon guide a le pas plus alerte que moi. Nous sommes loin de ma trace GPS. Mohamed me désigne un chemin muletier qui monte vers 2100m (au lieu des 1950 de ma trace). Je me dis que ça se tente. Je salue mon hôte et aborde seul la petite ascension.

Je me retrouve sur un promontoire qui me permet d’avoir un superbe panorama de la région. Sur ma gauche, je comprends que mon idée de traverser ce bras de rivière n’est pas bonne. La vallée est fortement encaissée et aucun sentier ou sente ne semble visible. Au loin le Jbel Masker me fait face. Je décide de rejoindre un autre bras de rivière sur ma droite qui doit me permettre de rejoindre ma trace GPS.

Je m’écarte un peu du lit de la rivière le temps de laisser passer deux chiens agressifs et un troupeau de chèvres. Je retrouve finalement le sentier recherché. Il débarque sur une bergerie. Le sentier se transforme en une piste légèrement montante parmis les cèdres.

Je me rapproche à nouveau de la civilisation. J’entends ou je vois des bergers que je salue. Au fond de la vallée que je descends maintenant, des lignes électriques, un minaret, un pylône de télécommunications. Une femme descend de la montagne sur son mulet. Devant elle, son homme en conduit un autre lourdement chargé. Nos chemins se rejoignent et ils ouvriront ma route jusqu’au village.

Je m’arrête à la boutique et refais le niveau de ma bouteille d’eau avec du Fanta. Il est vendu dans des bouteilles en verre consignées. Je sors du village pour rejoindre la route principale au bord de l’oued. La route le traverse par un gué. Je trouve un peu d’ombre à proximité pour casser la croûte.

Un Français en moto vient s’embourber à la sortie du gué. Nous tentons tant bien que mal de sortir la machine, mais sans réussite. La providence fait apparaître un 4×4 de la gendarmerie équipé d’un treuil. L’efficacité est au rendez-vous et la moto désembourbée.

Une fois le motard parti, je fais ma chochotte et demande aux gendarmes si ils peuvent me faire traverser le gué. Ils acceptent. Avant de partir ils déposent sur le bord de la route deux bouteilles en plastique d’eau vides qu’ils coincent avec des pierres. De fil en aiguille, ils me proposent finalement de me déposer à Tagoudit. Nous faisons la causette et ils m’expliquent les contraintes qu’imposent la lutte anticorruption. Tous les fonctionnaires doivent bouger tous les 5 ans pour éviter que des relations « malsaines » s’installent.

Ils me déposent au gîte d’étape de Rachid Izm, l’auberge Jbel Raids à Tagoudit. Je passe l’après-midi sur la terrasse en contemplant les montagnes et les allers et venues sur la route. Entre des gamins, et des mules et leurs maîtres, beaucoup de motocross qui roulent bien vite sur la route défoncée (pas d’accident Inchallah me dira Rachid plus tard). Le frère du propriétaire des lieux vient un instant me tenir compagnie. Retraité de l’armée, il vit en ville mais est venu au village pour un mariage ce weekend.

20h. Soupe et tajine pour le dîner que je partage avec Rachid. Il m’explique comment il a monté cette affaire et pu rénover sa maison avec l’aide administrative d’un Français qu’il a sauvé d’un orage un soir. Et surtout, il me développe sa vision généreuse du tourisme qu’il souhaite loin des démarches commerciales des grandes attractions. Il cherche à faire payer le juste prix, et à donner envie de revenir. Il m’a convaincu.

J’ai compté six visiteurs sur son livret officiel depuis fin août, la région et le lieu en méritent bien plus.

Rachid m’aide à finaliser ma route pour les prochains jours. Ça femme l’enguirlande un peu car ils sont attendus pour les débuts du mariage. Ils finissent par partir en me laissant leur maison en garde.

Samedi 13 octobre 2018 – jour 4

Tagoudit –> au dessus d’Agheddou _ 32 km environs _ 9h de marche

Je suis l’itinéraire indiqué la veille par Rachid en suivant la piste le long de rivières, d’abors l’Akka Tiddioua puis l’Asif Timirrhizna. De nombreux travaux le long de la piste dans les premiers kilomètres. Je fais une pause à l’ombre dans un jardin un peu avant le col me faisant basculer de l’une à l’autre rivière.

Une moto me double dans les derniers hectomètres de la montée pour finalement larger les deux enfants qu’elle transportait un peu plus loin. Ils reviennent de l’école. Je fais la dernière heure de route avec eux jusqu’au village d’Aït Merzoug puis nos chemins se séparent. Ils me renseignent sur la durée pour rejoindre Agheddou. 2h30 pour eux, 3h pour un berger revenant vers le village. Il m’en faudra beaucoup plus.

Après le village, c’est un grand plateau rocailleux que je traverse jusqu’au hameau de Mchitt. Je suis la ligne électrique. A Mchitt, j’admire la ténacité des habitants à cultiver de micro lopins de terre à plus de 2100m d’altitude au milieu des pierres.

Le montée n’est pas dure, mais je tâtonne un peu sur la fin. Il y a deux cols possibles. J’en choisis un à l’instinct. J’arrive à 2550m. Le soleil commence à baisser. J’essaye de discerner un sentier me permettant maintenant de descendre. Je sais juste que je dois prendre sur ma gauche.

Pas grand chose à me mettre sous la dent. Je trace mon propre chemin. Vers 2400m, je croise une zone de travaux forestiers et des traces que je suis jusqu’à rejoindre le lit d’une rivière vers 2100m. Je continue à la lampe frontale jusqu’à 1950m. Je ne suis pas rassuré, je ne sais pas si je suis sur le bon chemin.

Je trouve un endroit suffisamment plat en surplomb du torrent. Sur ma gauche, le torrent se transforme en chute de 3 ou 4m ; sur ma droite, une ravine plonge pour retrouver plus loin le torrent. J’installe mon campement. J’espère que la lumière du jour m’apportera une bonne nouvelle.

Je me couche persuadé d’une chose, je sais que je ne m’amuserai plus à suivre des chemins qui ne seraient pas sur ma carte, même si ils doivent être conseillés par des Marocains..

Dimanche 14 octobre 2018 – jour 5

Agheddou –> Imilchil _ 12 km environs _ 3h30 de marche puis stop

Au réveil je trouve du crottin de mules dans la ravine. J’ai rarement (jamais en fait) été aussi heureux de voir de la merde… Je rejoins à nouveau le lit du torrent après la chute d’eau. La trace est de plus en plus clair. Je suis rassuré.

J’arrive finalement à Agheddou où les deux jeunes et nouveaux instits m’invitent à prendre le thé dans la petite chambre qu’ils partagent. Je suis ensuite la piste le long des gorges pour rejoindre Anegfou.

Le village est animé. Rapidement, une troupe d’une vingtaine de gamins se forme et me harcèle. Les adultes m’aident à les chasser mais ils reviennent. Je trouve la boutique où je peux acheter un peu de sucre pour mon corps.

Je reprends ensuite la route d’Imilchil. Mon objectif est d’y arriver le lendemain mais je me laisse tenter par une proposition de stop et rejoins donc la grosse bourgade plus rapidement que prévu. Un bon lieu pour une journée de repos.

9 comments

  1. Bravo pour tes commentaires. C’est très intéressant. Bon courage pour la suite de ton parcours et comme on dit sur le chemin de st Jacques de Compostelle :Ultreia.
    Philippe

      1. Ah, ah, ah… figure toi qu’il y a des contrées sauvages ravissantes dans le Valais!

  2. Salut Romain, nouveau point de depart, nouvelle aventure, et le Maroc comme destination …très bon choix, un panel important de choses à découvrir. Si joliment décrit tu nous fais voyager et nous transporte qq instants à tes cotés. Merci et bon courage 😉

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