Italie – entre Visso et Nurcie

Sensation étrange que celle de traverser cette région des Abruzzes lourdement touchée par les tremblements de terre de 2016.

La traversée des hameaux s’apparente à celle de villes abandonnées. Les rues étroites sont encore jonchées de décombres. Je slalome entre les morceaux de murs écroulés en gardant un œil tourné vers les toits où quelques tuiles dans un équilibre précaire menacent de tomber. Parfois au dessus d’un pas de porte une lumière vacillante reste allumée comme par enchantement.

Plus personne ne vit ici ; aux murs les affiches d’événements ou d’avis de décès nous plongent tous en 2016 ; les villages semblent comme figés au lendemain de la catastrophe. Seule marque du temps passé, la végétation commence par endroit à prendre le dessus sur les ruines. Plus aucun espoir de renaissance ne transparaît.

Civita et Trimezzo, des villages touchés par un tremblement de terre en 1979 offrent une fenêtre sur l’ avenir. Les anciens villages seront soient complètement rasés, soit abandonnés à la végétation. De nouveaux villages viendront éventuellement occuper l’espace libéré ou un espace propice à proximité.

Dans les villes de Visso et Nurcie, au contraire une volonté de reconstruction (aveugle ?) semble transparaître. Les habitants n’ont pas encore regagnés leurs penates… loins de là… des zones interdites (zona rossa) sont encore omni-présentes, mais un chantier titanesque de stabilisation (pour commencer) est engagé.

Les techniques de bardages, de renforts, ou de sécurisation se déploient et se complètent aux pieds des bâtiments malades. Les gravats petits à petits sont évacués. J’ai pour ma part des difficultés à imaginer que les bâtiments historiques qui faisaient hier la fierté de ces deux villes puissent reprendre vie, mais le discours officiel va dans ce sens.

Les commerces évacués ont été réunis et concentrés en périphérie des villes dans des chalets en bois, tels des marchés de Noël. L’achat fortuit, accident né de la flânerie n’existe plus. Des centres commerciaux sortent de terre pour pérenniser de fait la situation de ces boutiques, cafés, restaurants ; et pourtant dans les centres villes on ne parle encore que de fermetures ou de délocalisations temporaires.

A côté des ces marchés, des quartiers d’habitation faits de baraquements préfabriqués alignés au cordeau ont poussé pour accueillir les habitants délogés. Deux ans après les tremblements de terre, cela sent le neuf. Certains ont reconstitué leurs petits chez eux par des fleurs ou un potager. La personnification est ici un art difficile.

On me dit qu’il faudra 20 ans pour tout reconstruire. Les habitants s’attendent eux à pouvoir se ré-installer au plus vite. Je m’interroge sur la finalité de tout cela. Les temps humains ne sont en aucune manière comparables aux temps de reconstruction des murs.

4 comments

  1. Coucou Mister FISH, où es-tu? Que deviens-tu? tu nous manques… Aude erre dans ton bureau… comme une âme en peine! REVIENS… c’est trop triste! bisous

  2. Salut à toi « fils des âges farouches » (ça devrait parler aux amateurs de BD) , je viens de voir que tu avais mis des photos de ton nouveau départ et que le coutelas avait commencé à t’inspirer un chemin 😉 Quel plaisir de te suivre et de te lire 😃 Ça donne envie de prendre la première route en bas de soi et de tracer la route. A+

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s