CANADA – Quelques mètres carrés – 06/07/2009

En début d’après-midi j’avais vu partir vers le Nord-Ouest le premier cyclo tourdumondiste que je rencontrais : Bruno Saulet. Nous avions partagé un bivouac ensemble à la sortie de Cranbrook et il était reparti dans la chaleur un peu étouffante avec un groupe de cyclo américains avec qui il roulait depuis quelques semaines.
Resté seul à Cranbrook, je glandouillais sur Internet quelques heures, fis un petit tour de la ville, allais observer la jeunesse canadienne s’amuser dans le skate-park en fin d’après-midi et puis finalement fut venu le classique moment de me trouver un endroit où planter ma tente. A peine avais-je commencer à sortir mes affaires dans un coin d’un parc qu’un habitant débarqua sur son vélo. Rapidement il me proposa de venir planter ma tente chez lui. Je pris sa roue et nous montâmes dans les contre-forts de la ville jusqu’à sa demeure.

Dans ma voyage nord-américain j’avais eu l’occasion de voir de nombreux camps de mobile-homes. En Louisiane un peu avant la Nouvelle-Orléans, j’avais pu monter mon campement à l’entrée de l’un d’eux et j’en étais reparti avec deux rations militaires. Souvent ces campements n’avaient pas grand chose à envier à des zones pavillonnaires. Mais en acceptant la proposition de Michaël, mon mécène du jour, je ne savais pas que je rentrais dans une sorte de bidon-ville moderne.

En entrant dans le mobile-home délabré on pénétrait dans la cuisine remplie à en craquer d’outils, de vielles pièces de mécaniques et d’autres choses indéfinissables en plus d’une accumulation de vaisselle sale. La chaleur de la journée et le manque cruel d’aération accentuait encore le sentiment d’étouffement et de manque de place. D’un côté de cette cuisine, un salon dans un état quasi-identique avec un canapé servant de lit à mon hôte. De l’autre un couloir. Il était si étroit que même en évacuant les débris et vieilles paires de chaussures qui en jonchaient le sol, un américain de taille quasi-standard aurait eu du mal à y passer de face. Sur son côté droit il desservait un pièce qui dut, un jour, être une chambre et la salle de bain, ilot de relative propreté. Au fond du couloir, une porte avec un petit écriteau sur le dessus : le prénom d’une de ses filles. Il me proposa le vieux canapé défoncé qui s’y trouvait pour y dormir. Sur la moquette poussiéreuse des colonies de vêtements ou autres objets de la vie d’une jeune adolescente étaient vomis de la commode et de l’armoire. La seule petite vitre de la pièce était couverte par endroit de carton et de polystyrène comme pour empêcher en d’autre saison au vent et au froid de pénétrer la chambre.

De l’autre côté de la vitre, son jardin. 2,5m sur 2,5m . Pour s’y rendre il fallait passer par une pièce annexe sur la gauche du couloir. Michaël me la présenta comme étant en construction. Dans un découpement anarchique les parcelles de terrain des voisins parfois un peu plus grandes souvent mieux entretenus que chez mon hôte venaient mourir au pied de la petite clôture branlante en bois. Vouloir se donner un peu de vie privé n’était pas possible sinon en se privant d’air et de soleil. Je choisis de planter ma tente dans ce petit pré carré.

De mon campement, j’étais presque à égale distance du mobile-home de mon hôte que de ceux du voisinage. Lorsque je finissais de m’installer le propriétaire d’un terrain attenant rentrait chez lui en escaladant la clôture d’un troisième voisin. Visiblement bien alcoolisé il ne comprit pas tout ce qui se passait. De son côté Michaël faisait un peu de ménage : il devait accueillir une ou deux de ses filles le lendemain.

Ainsi va la vie, les uns sur les autres.

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