CANADA – D’une province à l’autre – 22/06/2009

Fin de l’Ontario, Sioux Lookout. Je me suis écarté de la route principale. Comme souvent je vais un peu plus au nord. Dans quelques heures un train m’enlèvera de cette petite ville et en une journée et demi me transportera dans l’ouest canadien. Je supprime les plates prairies de mon itinéraire à pédales.

Quelle étrangeté que le service de train au Canada. Il y a quelques jours j’espérais pouvoir embarquer à Thunder Bay : ville de plus de 200 000 habitants, nœud incontournable de circulation après les grands lacs. Et pourtant le train n’y prend pas de voyageurs. Oh bien sûr une ligne de chemin de fer y passe mais comme un peu partout elle n’est utilisée que pour le transport de marchandises. Il est bien vrai qu’ici comme aux USA le ferroutage est sans conteste plus développé que chez nous et l’on ne va pas s’en plaindre ; mais le transport de passagers en pâtit. Au fil des ans l’exploitation des lignes pour les déplacements humains a peu à peu été abandonné. Le voyage en train n’est presque plus qu’une affaire de tourisme. Les horaires sont assez aléatoires (en retard ou en avance) : priorité est donnée au fret sur les voies. Situation ubuesque, depuis Thunder Bay le voyageur doit se rendre à 400km à l’Est ou à l’Ouest pour trouver une gare en service : Long Lake ou Sioux Lookout, des villes de quelques milliers d’habitant. Ainsi je me retrouve à Sioux Lookout.

Je laisse écouler quelques heures d’attente dans le bar de la ville. Plus de serveurs que de clients. La situation économique n’est pas joyeuse : les bûcherons ne sont plus légions. Quelques indiens autochtones sont régulièrement mis à la porte par une métis bien en chair après quelques verres ou avant même d’en boire un seul. Je discute un moment à discuter avec un charpentier de retour d’un chantier. Il travaille sur un camp de chasseur au milieu de la forêt. Par soucis d’économies il passe la semaine sur place en tente. Il se plaint des moustiques. Je compatis en pensant à mes jambes dévorées. L’arrivée impromptue d’une chauve-souris vient perturber la passivité ambiante. Une bataille s’engage, elle est assommée par un carton, je me tire pour finir d’attendre le train auprès du cabanon qui sert de gare.

TRAIN

Début de l’Alberta, Holden. Du vent. Deux jours après être descendu du train à Wainwright je parcours les derniers kilomètres de prairie. Du vent. Il vient de face. Il pousse, il pousse. Il annihile tout plaisir à rouler. Il fait beau pourtant. Autour de moi des prairies et des champs, du plat, rien pour l’arrêter lui et un restaurant pour me réfugier moi. Il est midi.

« Country Kitchen » (cuisine de pays) est inscrit sur un panneau. Je ne dirais pas non à un burger en attendant que le vent ne tombe… Je m’installe à une table. Deux menus sont disponibles. Le resto est tenu par deux immigrés de Hong Kong. Je mange chinois. Aux autres tables quelques cowboys retraités sont attablés. Je parle chinois, je sors les quelques mots que je connais. Je gagne la sympathie des patrons. Je passe ici l’après-midi. Le vent continue à souffler.

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