USA – Un étrange Mardi Gras

Le mardi gras de la Nouvelle Orléans est réputé pour son grand n’importe quoi. Nous sommes bien loin des carnavals bon enfant de nos campagnes. Bien sûr l’origine est catholique et française : antépénultième souvenir de la Nouvelle France. Durant plus d’une semaine le coeur de la ville est asphyxiée par des fêtards des quatre coins des Etats-Unis et du monde – même le naked cowboy de New-York est de la partie. Bières et alcools de toutes sortes coulent à flot, artistes de rue se relayent, la police empêche les voyageurs à vélo de passage de vendre des photos et tout le monde (ou presque) se prête au grand jeu des colliers.

Dans Bourbon Street, artère principale de la fête, des privilégiés fortunés ou invités par quelques sociétés sont installés aux balcons des immeubles coloniaux. Dans une main, un verre, dans l’autre quelques colliers de perles de couleurs. En dessous chacun se bat à se faire remarquer de ces nouveaux maîtres pour que l’un d’eux daigne accorder son attention et faire don d’un de ses colliers. Les idées ne manquent pas pour atteindre son but mais les « show me your tits » (« montre moi tes seins ») restent indétrônables – à noter cependant une légère variante en dessous du balcon qui annonce ses couleurs gay avec un « show me your dick »…

Et puis au milieu de cette foule, vous pouvez croiser quelques évangélistes qui essayent de ramener le tout un chacun sur le bon chemin, une bible à la main. Je pense que si mon séjour à la Nouvelle-Orléans ne s’était pas déroulé de la manière que je vais vous conter, je n’y aurais pas fait attention. Après tout, quoi de plus normal que de trouver quelques soldats de l’armée de Dieu dans cette foule qui doit rester malgré tout quelque peu représentative de la société Étasunienne… Mais voici comment les choses se sont déroulées.

En arrivant en ville, mon espoir était faible de trouver un endroit où dormir. Une ville blindée de touristes, un essai avorté via le site Internet couchsurfing, je n’envisageais que deux solutions : une église ou faire le pied de grue devant une université. Ma route me conduisit à un mixte des deux puisque j’atterris dans un séminaire baptiste. Je discutais un peu avec le garde, il m’envoya vers une église toute proche. Sur place, je trouvai d’abord Dwain qui m’expliqua qu’il venait de l’Illinois et qu’un groupe devait le rejoindre pour aller parler « aux jeunes ». Je ne compris pas tout. En poursuivant le tour du propriétaire, je finis par trouver un membre de la paroisse qui après un coup de fil au pasteur me proposa de rester avec le groupe qui devait arriver. Pas de problème.

Je passais donc deux jours et trois nuits avec soixante-dix soldats de Dieu venus prêcher et porter la bonne parole, venant de tous horizons et toutes églises mais regroupés sous la bannière de No Greater Love.Et (bon Dieu) quelle organisation ! Rien n’est laissé au hasard. Casquettes pour se reconnaître (en plus de mes soixante-dix compagnons, cent-trente autres étaient répartis dans d’autres camps), timing à la minute, leçons, organisation en unités avec des leaders, logistique au poil, des clowns pour attirer les enfants, et une guest-star pour motiver les troupes (le président fondateur de No Greater Love). Chaque soir, ils partaient parader tous ensembles dans Bourbon Street, en rangs serrés. Se relayant pour porter la croix, ils fendaient ainsi la foule compact s’encourageant avec quelques chansons chrétiennes, ignorant seins et bières.

Quelques uns essayèrent de me porter la bonne parole et de me faire partager leur amour du Christ mais le résultat ne fut pas au rendez-vous. Je les quittais au matin du troisième jour. Il leur en restait deux pour accrocher quelques âmes à leur tableau de chasse. Pour moi ces quelques jours furent au final plutôt enrichissant (dans tout les sens du terme).

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