SIBERIE – Bucherons russes – 23/11/2008

Je viens de quitter Tinda. Je suis encore dans l’expectative. Je ne sais pas quel sera mon rythme, je ne sais pas comment je vais survivre, je ne sais pas où je vais dormir ; mais je suis bien heureux de retrouver mon vélo, repartir dans ce froid qui m’a tant plu du côté du lac Baïkal, parcourir à nouveau cette grande Sibérie enneigée. Après une petite semaine de vélo du côté du lac et sur les conseils des russes rencontrés, j’avais réalisé un saut dans l’Est jusqu’à la ville de Tinda à partir de laquelle je devrais pouvoir rejoindre des zones moins sauvages.

Je ne pensais pas rester plus d’une nuit à Tinda, mais en m’interpelant dans la rue alors que je quittais la ville le patron de la télé locale en a décidé autrement. Ne reculant pas devant la perspective de mes cinq minutes de gloire, j’acceptais sa proposition d’interview. Je ne vais pas rentrer dans les détails. En résumé, je passais la journée dans les studios discutant à tout va, enregistrant de temps en temps et je dormis chez Pacha l’ingé-son, et sa femme, fan d’Elvis, couple adorable et intelligent. Voici pour Tinda. Point à la ligne.

Cette première journée de mon second départ sibérien aura été courte. Je m’arrête après une quarantaine de kilomètres alors que la nuit commence à tomber. Je m’imagine déjà devoir monter ma tente. Espérant au fond de mon être qu’un bon samaritain mécanisé s’arrête, je prends mon temps pour me lancer dans la mise en place de mon bivouac. Je tâte le terrain pendant dix bonnes minutes, parcourant la taïga bordant la route, la neige jusqu’en bas des genoux. Je m’apprête à dégager un endroit qui me semble satisfaisant. Et voici qu’un camion de fruits et légumes s’arrête. On discute deux minutes et hop, mon vélo et mes bagages sont dans le camion. Quelques minutes plus tard, nous sommes attablés à un restaurant, perdu au milieu de nulle part. On mange un bout, mon sauveur providentiel reprend la route. Moi, je vais passer la nuit ici.

Mon lit du moment se trouve dans une arrière salle du restaurant au chaud près du poële. La pièce sert aussi de salle à manger pour les bucherons du lieu. Ils ne tardent pas à arriver pour eux-aussi profiter d’une bonne soupe chaude. Dans mon imaginaire, le bucheron russe est une version semi-humaine de l’ours brun. Ceux qui partagent la pièce avec moi sont bien loin de cette image d’Epinale : 1m50, 50kg et nord-coréens. Ils sont deux à travailler ici. Trois ou quatre ans en Russie, puis retour au pays.

Nous partageons la même curiosité. C’est la première fois qu’ils voient un français et c’est la première fois que je vois des nord-coréens. Nous formons une tablée inédite : ouzbek, français, russe, nord-coréen. Kim, le plus ouvert des deux bucherons, nous explique toute la haine qu’il ressent pour les américains. Le discours est en soit peu surprenant. Ce qui en revanche m’attriste est de voir comment ce petit homme quelque peu gringalet peut passer en un instant d’une gentillesse non feinte à une posture de tueur véritable. L’Histoire n’est pas une matière facile.

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